Parce que mes intolérances alimentaires sont désormais, que je le veuille ou non, au centre de ma vie, j'ai été obligée d'adapter ma façon de voyager. Je reçois régulièrement des demandes de conseils pour préparer des voyages de la part de personnes intolérantes ou de parents, alors je me suis dit que ça pourrait être pas mal d'y consacrer un post.
Pour commencer voici mon parcours, et j'imagine que beaucoup s'y retrouveront...
J'ai commencé à avoir des maux de ventre en rentrant de Singapour, au début j'ai mis ça sur le compte d'une saloperie que j'avais chopée là-bas. J'avais des hauts et des bas, mais un an après ça s'est brusquement aggravé, mon état de santé général s'était détérioré au point que je ne pouvais plus faire de sport et que j'avais le plus grand mal à bosser ma thèse. Je passais la journée allongée sur le canapé et j'étais complètement déprimée. J'ai passé une batterie d'examens, prises de sang, radios, scanner et tout le tointoin, mais on ne trouvait pas ce que j'avais. Après un entretien de cinq minutes top chrono, une gastro m'a même dit que je psychosomatisais et qu'il fallait que j'aille voir un psy! Je ne pouvais plus voir les médecins en peinture; même mes parents dont je suis très proche n'arrêtaient pas de répéter que c'était le stress de la thèse. Il a bon dos le stress...
Alors j'ai fait ce qu'il ce faut normalement pas faire, j'ai commencé à fouiner sur Internet. Et pour le coup Internet m'a sauvé la vie car j'ai découvert des parcours identiques au mien, de la part de personnes qui s'étaient révélées intolérantes au gluten. Sachant que j'avais moi-même remarqué que c'était après les repas que j'étais au plus mal et que j'ai des allergies multiples et variées depuis que je suis petite, je me suis dit que ça valait le coup d'essayer un régime sans gluten. Trois jour après, j'avais l'impression de revivre!
Le problème des intolérances alimentaires c'est qu'elles peuvent se manifester de façons très variées (ce qui à mon sens est un frein au diagnostic en raison du cloisonnement des différentes spécialités dans la médecine occidentale). De mon côté j'avais une bonne trentaine de symptômes complètement distincts du digestif, comme la chute de cheveux, la tachycardie, les vertiges (l'impression d'être bourrée, j'arrivais même plus à marcher droit!), les plaques de boutons, une sécheresse chronique sur le visage, le saignement des gencives et les aphtes à répétition, les tremblements, les difficultés respiratoires et visuelles, etc.
Aujourd'hui la quasi totalité de ces symptômes a disparu, mais le problème c'est que je suis devenue extrêmement sensible et que j'ai développé d'autres intolérances. A l'heure actuelle je suis poly-intolérante au gluten, lactose, maïs, soja et amandes; et je tolère très mal les conservateurs ou tout additif (en gros je ne peux rien manger qui ait été un tant soit peu préparé, je consomme uniquement des matières premières), mais aussi les trucs frits, les poireaux, les oignons, les champignons, la levure etc. ! Et en plus comme j'aime la difficulté je suis devenue végétarienne, au secouuuurs lol. Mais bon il n'empêche que je suis en super forme physique, je fais mes 4 entraînements hebdomadaires de mma, je combats sans problème et mes étudiants me donnent 25 ans huhu
Pour autant il était juste impensable que je renonce à voyager à cause de ces foutues intolérances. J'ai donc dû m'adapter. Voici mes conseils, tirés de mes propres expériences:
- En France en en Asie dites plutôt que vous êtes allergique; en France parce que les gens pensent que ce n'est pas bien grave si vous mangez un truc que vous ne tolérez pas (genre vous en tirerez seulement avec un mal de ventre) et qu'ils s'en fichent un peu, et en Asie parce que les intolérances me semblent moins répandues (à part le soja) à l'inverse des allergies qui sont connues et prises au sérieux.
- Préparez une fiche avec ce que vous ne POUVEZ PAS manger mais surtout ce que vous POUVEZ manger; je vous conseille de la traduire en anglais et dans la langue du pays que vous visitez (avec google traduction) et de l'illustrer avec des images. Cela facilite énormément les choses car les serveurs peuvent l'emmener en cuisine : personne ne panique et c'est bien plus facile pour le cuistot de vous préparer à manger.
Voici par exemple la fiche que j'emmenais au Japon
- Si vous restez un peu de temps dans le même coin, louez une location afin de pouvoir vous préparer à manger. Il est facile aujourd'hui de dénicher à l'étranger des petits apparts ou des maisons, y compris en recourant aux particuliers (Airbnb mais aussi Trip Avisor, Abritel, Booking etc.). Ce qui est cool c'est que ça vous permet de préparer vos pique-nique (pas toujours facile de trouver de quoi pique-niquer dans les supérette, surtout quand on ne peut pas lire les étiquettes...).
- Bougez hors de France! Ca paraît dingue mais j'ai toujours dix fois moins de difficultés à me nourrir à l'étranger qu'en France, quand bien même les gens ne parlent pas un mot d'anglais et que je suis incapable de vérifier ce que je mange. Dire que la France est à la ramasse est un doux euphémisme, au fin fond des villages aux Açores on trouvait facilement des produits sans gluten, à Dubaï ma sœur (qui est aussi intolérante) pouvait manger des pizza sans gluten dans n’importe quel pizzeria, et en Ecosse il n'est pas rare que les bed and breakfast vous proposent différents produits sans lactose et sans gluten au petit-déjeuner. Pour l'instant à l'étranger il n'y a qu'au Maroc où j'ai galéré, j'ai vraiment eu trèèèèèèès faim (j'y avais été pour un séminaire et je ne pouvais pas me préparer à manger). Le mieux c'est l'Asie car hormis le problème de la sauce soja (qui contient de la farine) la cuisine n'est basée ni sur ni le blé ni sur le lait de vache. Au Japon je m'autorise plein de trucs (bonbons, version japonaise des pringles, sirop...) car je sais qu'ils ne contiendront pas de dérivés de blés comme la dextrose, le glucose ou la maltodextrine.
- Prévoyez des provisions. Bon moi je suis un peu dans les extrêmes mais maintenant mon sac-à-dos est plein pour moitié de trucs à bouffer...Et tant pis si j'ai que trois tee-shirts à me mettre pour un mois, au moins je crèverai pas la dalle! Si vous ne mangez pas salé le matin c'est surtout au niveau du petit-déjeuner que ça coince. Pour ma part je prévois des galettes de riz, des cracottes, des chips, du quinoa, des tablettes de chocolat, et un pot de Chokénut ou de beurre de cacahuètes pour quand les gâteaux maison seront finis. N'oubliez pas de vous faire un casse-croûte si vous prenez l'avion.
Mes provisions pour partir sur l'île de Skye où on avait loué une maison,
si si, tout est rentré dans les sacs!
- N'oubliez surtout pas vos médicaments. Quand on n'est pas intolérant ce n'est pas bien grave mais dans notre cas c'est primordial, surtout si vous vous tordez de douleur après une erreur.
- Et puis enfin affichez votre plus beau sourire : de client "chiant" vous passez à client "chiant mais sympa", ça aide! Enfin de toute manière à part en France et au Maroc je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'embêter les gens, limite ils étaient plutôt désolés pour moi. Ils se sont toujours montrés compréhensifs et se débrouillaient pour que je puisse manger quelque chose, voire me faisaient des petites faveurs (en Ecosse au petit-déj la propriétaire m'avait réservé un énorme bol de fraises pour que les autres client ne mangent pas tout!).
Voilà, j'espère que ça pourra vous aider un peu; en tous les cas on peut très bien voyager avec de multiples intolérances (de tous mes voyages je n'ai fait qu'une seule grosse erreur et je pense que c'était une contamination croisée). Le plus dur finalement c'est de se dire qu'on ne pourra plus voyager comme avant : on ne peut plus goûter les spécialités locales, on a toujours un peu la honte de descendre sa bouffe au petit-dej d'une guest-house (ça fait un peu la grosse chieuse !), on doit constamment prévoir; bref on développe un rapport à la nourriture qui est de l'ordre du besoin et non plus du plaisir. C'est le prix à payer pour vadrouiller, mais c'est finalement bien peu de choses :)



