Senja se mérite. Pour y accéder, on a atterri à Tromsø puis on est descendues jusqu'à l'île en voiture en faisant quelques stops. Tant qu'à faire, autant profiter du voyage et s'immerger dans cette partie septentrionale de la Norvège avant d'atteindre au but! Dans l'avion, à mesure qu'on approchait de Tromsø, les paysages aperçus à travers le hublot ont achevé de nous plonger dans un grand état d'excitation; un an qu'on attendait de fouler à nouveau le sol de notre pays adoré!
A l'aéroport on se fait arrêter par un agent de la sécurité qui nous emmène fissa pour un petit contrôle...Ohlala on n'en menait pas large avec tout le stock de nourriture qu'on se trimballait dans nos sacs-à-dos: tofu, protéines de soja, farine sans gluten et compagnie. Finalement le mec était très sympa (Mathilde a eu un petit crush sur lui hihi; un des rares Norvégiens de Tromsø mat de peau et noir de barbe, on se refait pas 😁), après quelques questions d'usage il a tapé discute avec nous et nous a souhaité un bon voyage, ça commençait bien!
On part ensuite au comptoir de location de voiture récupérer notre sésame pour sillonner en toute liberté les routes norvégiennes. Un petit apparté s'impose. Dix ans que j'ai le permis moto, neuf que j'ai le permis voiture, mais si slalomer sur le périph parisien avec mon roadster m'est un exercice familier, j'ai une trouille bleue en revanche de conduire tout ce qui a quatre roues...Seulement là il n'y avait pas le choix si on voulait explorer Senja! Ce fut un gros défi pour moi qui ai dû m'installer au volant d'une voiture à peine deux fois en neuf ans. Heureusement que Mathilde était là pour me rassurer, sans elle je n'y serais jamais arrivée. Je me suis fait des angoisses pas possibles avec ces tempêtes de neige qui continuaient de frapper le nord de la Norvège jusqu'à la semaine précédant notre arrivée; j'en étais à visionner des vidéos sur Youtube pour me préparer au dérapage sur route verglacée...
J'avais choisi sur Internet la plus petite voiture possible. Le gars nous file la clef et on descend au parking, sans trop savoir où elle était garée. On cherche, on cherche, on cherche dans les allées, aucune petite voiture en vue. Quand tout d'un coup mon sang se fige: la plaque d'immatriculation indiquée est celle de cette ENORME machin devant moi!! L'autre imbécile nous avait surclassées sans nous avertir! Mama mia il a bien fallu faire avec. Je me mets au volant et avanti, je manœuvre en priant pour ne pas démarrer le voyage avec une grosse éraflure sur la carrosserie...
Notre premier stop nous conduit à Balsfjord, à environ 1h30 de Tromsø. La route est assez facile heureusement (et belle!) et j'ai fini par me détendre un peu, surtout que les Norvégiens sont courtois au volant, ne mettent pas la pression contrairement aux Français et que la vitesse règlementaire est assez basse (80 sur les nationales). L'adresse de notre Airbnb étant approximative, on se gare devant une maison isolée en se disant que ça doit être là. On essaie de rentrer, la porte est fermée, bizarre. Heureusement qu'on n'a pas réussi car on était au mauvais endroit lol! Notre logement était en réalité situé dans un corps de ferme à quelques centaines de mètres.
C'est Christian qui nous accueille et ledit personnage mérite une petite description huhu. Comme vous le verrez plus tard, les Norvégiens du Nord sont pour le moins...abrupts et sauvages, à l'instar des paysages où ils vivent. Christian lui avait l'air tout émoustillé d'accueillir deux demoiselles! Il nous raconte que la semaine d'avant, il y avait de la neige quasiment jusqu'au toit! 😨 Je ne sais même pas comment on aurait fait dans de telles conditions...Heureusement ça a bien fondu mais le sol reste totalement détrempé. Il nous invite à le suivre dans la maison et là on a dû faire un gros effort pour contenir notre fou-rire, quand il a commencé à nous faire solennellement l'inventaire des placards (un paquet de pâtes et de café qui se battaient en duel) et à nous répéter fièrement: "Free food! Free coffee!". Au bout de dix minutes il comprend qu'on a juste envie de se poser et part à regrets; mais on se dit qu'on a déjà trouvé à Mathilde un potentiel mari norvégien! Il faudra juste s’accommoder de vivre à côté de belle-maman qui occupe la maison d'à côté 😂
La maison est cosy (il y a encore les décos de Noël mdr) et après un bon petit goûter, le paysage environnant nous donne envie d'aller faire un tour. Il fait sacrément froid mais on a une chance de ouf: Christian nous a averties que les rennes semi-sauvages sont arrivés de la montagne depuis la veille!
On aperçoit au loin de petites tâches beiges qui se détachent sur les flancs boisés de la montagne, ce sont les rennes!! Ils sont des centaines, c'est impressionnant. On essaie de s'approcher mais ce n'est pas facile entre le cours d'eau qu'on parvient tant bien que mal à traverser et surtout la neige qui nous barre le passage. On s'enfonce jusqu'aux chevilles, on ne le sait pas encore mais ce n'est qu'un avant-gout de ce qui nous attend dans nos futures randos...En tout cas mission réussie, on reste un long moment à contempler ces magnifiques bêtes.
C'est sûr, là tu vas faire définitivement craquer Christian!!
Le lendemain il fait un grand soleil et on se met en route pour notre deuxième étape: Sørreisa (entre-temps les rennes sont déjà partis). Le trajet en voiture est magnifique; outre les paysages sublimes on a la chance de voir de nombreux animaux: des rennes, des renards et même un énorme lièvre blanc qui traverse la route! J'imagine que cela est dû au faible trafic dans cette partie du pays, mais en tout cas cas on n'a pas vu un seul animal écrasé.
Depuis notre maison à Sørreisa on a accès à de petites randos qui nous mènent en haut du mont qui surplombe la ville. Après un bref crapahutage, on arrive au "sommet" (quelques centaines de mètres hein) et on découvre ce qui nous mettra en joie pour le reste du voyage: une pelle ! Eh oui, dans le nord de la Norvège vous trouverez un peu partout ces grandes pelles qui permettent de déblayer la neige. Bon pour le coup on n'en avait pas besoin car la table à pique-nique n'était pas ensevelie, mais on s'est tapé des barres à prendre la pose avec cette fameuse pelle! Oui oui, Mathilde et moi avons des joies simples (simplettes...), nous l'admettons volontiers.
Des cacas de rennes!
Après une boucle qui nous fait redescendre à travers bois vers la maison, on décide de continuer la balade dans notre quartier. C'est très paisible, on croise juste quelques voisins et il y a peu de passage. Les boîtes-aux-lettres sont vraiment jolie et décorées avec soin. On se pose un bon moment sur la petite jetée, ce qui nous permet de faire le plein de soleil, quel bonheur. C'est agréable de laisser ses pensées divaguer face à un tel paysage.
Le soir on se prépare un bon petit dîner et au moment de se mettre au lit, on fait le constat que malgré le jour qui perdure jusqu'à 23h et des brouettes à cette période de l'année, il n'y a jamais de rideau ou de volets aux fenêtres. C'est bizarre quand même, et en faisant des recherches j'ai vu qu'il y avait une explication d'ordre religieux à cela: "Ces pays sont fortement marqués par le protestantisme, une religion qui valorise la transparence et l’honnêteté. L’absence de volets serait donc une manière de montrer qu’on n’a rien à cacher, tant à Dieu qu’aux voisins".
Au prochain numéro: arrivée à Senja; une île rikiki et un lac gelé époustouflant!













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